Nord Electro 6D : trois instruments dans huit kilos

Le Nord Electro 6D réunit trois moteurs sonores dans un clavier que vous portez d’une main : un orgue modélisé, une banque de pianos échantillonnés et un lecteur de samples. Le « D » signale la présence de tirettes harmoniques physiques, ces neuf curseurs que les organistes réclament depuis toujours. Comptez 2 099 € en 61 touches et 2 399 € en 73 touches au tarif indicatif du constructeur, avec des offres boutique qui descendent souvent autour de 1 800 €. La cible est claire : le musicien de scène qui veut un Hammond crédible et un Rhodes convaincant dans le même flight case.

Ce que le Nord Electro 6D met sous les doigts

L’Electro 6D en chiffres
3
moteurs sonores en parallele
9
tirettes harmoniques physiques
6
orgues modelises
120
voix de polyphonie sur la section piano
1 Go
de flash pour la Nord Piano Library
416
programmes repartis en 26 banques
8 kg
environ, en version 61 touches
2 099 EUR
tarif indicatif du 61 touches

Nord a bâti l’instrument autour d’une idée tenace : trois sections qui tournent en parallèle, chacune avec ses commandes dédiées. La section orgue modélise six instruments, la section piano puise dans 1 Go de mémoire flash réservé à la Nord Piano Library, la section Sample Synth lit des multiéchantillons de cordes, de cuivres, de Mellotron ou de synthés vintage. Vous activez une section, vous coupez la suivante, vous les empilez ou vous les séparez de part et d’autre d’un point de split : tout passe par des boutons physiques.

Plus de soixante commandes directes occupent la façade et l’écran OLED affiche le programme en cours ainsi que la position des tirettes. La construction inspire confiance : façade métallique, fond en alliage léger, flancs en bois, potentiomètres bien ancrés. Les 416 emplacements de programmes se répartissent en 26 banques et le changement de son intervient sans coupure audio, une technologie héritée du Nord Stage 3 qui vaut de l’or entre deux morceaux d’un concert. Rien ne sort de la machine sans amplification en revanche : en répétition comme au studio, il faut la relier à la sono de la salle ou à une paire d’enceintes actives posées de part et d’autre du clavier.

La section orgue justifie le « D »

Le D désigne les drawbars, ces neuf tirettes harmoniques placées au-dessus du clavier. Elles pilotent en temps réel les modélisations héritées du Nord C2D : B3 à roues phoniques, B3 basse, Vox Continental, Farfisa Compact et deux orgues à tuyaux. Trois degrés d’usure vous font passer d’un B3 sortant d’usine à un exemplaire bien rincé, avec le leakage (l’interférence entre roues phoniques voisines) qui donne son grain si reconnaissable à l’original. La polyphonie de la section orgue reste totale, sans la moindre note volée.

Le mode Dual Organ mémorise deux registres de tirettes par programme et les alterne d’un bouton, sans quitter le son en cours. Ajoutez la simulation de cabine Leslie 122 avec ses réglages de position de micro et d’accélération des rotors, plus l’overdrive à lampes : le passage d’une ambiance soul feutrée au rock le plus dense tient dans un quart de tour de potentiomètre. Les touches waterfall, aux bords arrondis, autorisent les glissandos que réclame ce répertoire.

Pianos, Rhodes et Wurlitzer : la bibliothèque fait la différence

La section piano offre 120 voix de polyphonie et une trentaine de multiéchantillons d’usine répartis en six familles. Vous y trouvez des pianos à queue (Yamaha C6 et C7, Bechstein, Bösendorfer Imperial), sept pianos droits, un CP80 rond et défini, huit Rhodes, deux Wurlitzer EP200 et quatre Clavinet D6 correspondant aux différents réglages de micros. Les Rhodes et les Wurlitzer sortent du lot par leur attaque et leurs bruits mécaniques, là où les Clavinet demandent une bonne dose de compression et de wah wah pour retrouver du mordant.

Chaque échantillon existe en quatre tailles, de la version compacte à la version note par note qui grimpe à 200 Mo. Vous arbitrez donc entre profondeur de rendu et place disponible, en chargeant vos choix via le logiciel Nord Sound Manager. La bibliothèque reste gratuite et se met à jour en ligne. La section Sample Synth complète le tableau avec des Mellotron, des Chamberlin, des machines à cordes et une collection de sons Moog ou Oberheim, sans filtre ni enveloppe évoluée pour les triturer.

Choisir entre le 6D 61, le 6D 73 et le 6 HP

Trois déclinaisons partagent la même électronique. Le choix se joue sur le clavier et sur le dos qui portera l’engin.

Modèle Clavier Poids Tirettes Prix indicatif
Electro 6D 61 61 touches waterfall semi-lestées environ 8 kg Physiques 2 099 €
Electro 6D 73 73 touches waterfall semi-lestées environ 9,2 kg Physiques 2 399 €
Electro 6 HP 73 touches lourdes lestées environ 11,4 kg Virtuelles à LED 2 499 €

Le 61 touches convient aux organistes et aux claviéristes nomades. Le 73 touches ajoute une octave utile pour les parties de piano sans alourdir le transport. Le 6 HP s’adresse aux pianistes qui refusent le semi-lesté, au prix de trois kilos supplémentaires et de tirettes virtuelles moins agréables à manipuler. Aucun des trois ne propose d’aftertouch ni de molettes de pitch, une segmentation assumée face à la gamme Nord Stage.

Acheter un Electro 6D maintenant que le 7 existe ?

Le Nord Electro 7 occupe désormais le haut de la série avec un écran couleur, une section synthé revue et des effets assignables par section. Cette succession a fait glisser le 6D vers un marché de l’occasion attractif : les annonces françaises tournent autour de 1 100 à 1 500 € pour un 61 touches et de 1 400 à 1 900 € pour un 73 touches selon l’état. En neuf, les gros revendeurs proposent de régler l’achat en plusieurs fois, ce qui resserre l’écart entre les deux options plus qu’on ne le croit.

Reste à savoir si vous perdez quelque chose au change. Les limites du 6D tiennent en quelques lignes :

  • six points de split figés, choisis par le constructeur
  • aucun paramètre de synthèse digne de ce nom sur la section Sample Synth
  • pas d’aftertouch ni d’audio via USB
  • une entrée moniteur routée directement vers les sorties, sans passer par les effets

Ces réserves pèsent peu si vous cherchez un clavier de scène concentré sur l’essentiel. L’orgue et les pianos du 6D restent les mêmes références qu’au premier jour, la machine encaisse la route et sa prise en main tient en une soirée de répétition. À moins de 1 500 €, un Electro 6D 61 en bon état constitue l’une des portes d’entrée les plus solides vers le son de la marque rouge.

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