Korg fabrique des synthétiseurs depuis 1973 et sa gamme couvre aujourd’hui tout le spectre : un volca tient dans un sac à dos pour 154 €, un arrangeur Pa5X dépasse 3 500 €. Entre ces deux extrêmes vivent six familles bien distinctes, chacune avec sa logique sonore et son public. Ce panorama vous donne les repères utiles : d’où vient la marque, ce que fabrique chaque gamme actuelle, combien elle coûte et laquelle correspond à votre pratique.
Une maison née d’une boîte à rythmes décevante
En 1962, Tsutomu Kato tient un club de nuit à Tokyo et accueille un accordéoniste chevronné, Tadashi Osanai, agacé par la boîte à rythmes Wurlitzer Sideman qui l’accompagne. Osanai convainc Kato de financer une machine plus convaincante. Keio Electronic Laboratories naît de cette frustration et lance la Donca-Matic DA-20 en 1963. Le nom Korg arrive en 1972, contraction de Keio et Organ.
Le premier synthétiseur maison, le mini Korg 700, sort en 1973 et séduit Vangelis comme Kitarō par la stabilité de son timbre. Suivent le MS-20 semi-modulaire de 1978, devenu une icône du patch à câbles, le Polysix six voix en 1981, puis la workstation M1 en 1988 qui propulse Korg devant Roland. La Wavestation de 1990 inaugure la synthèse vectorielle, cet enchaînement de formes d’onde qui fabrique des nappes mouvantes. Yamaha prend le contrôle de la société en 1989, Kato rachète ces actions en 1993 et Korg redevient indépendant. La marque absorbe Vox en 1992 puis ARP en 2015, ce qui lui ouvre le catalogue de synthés analogiques légendaires à ressusciter.
Les grandes familles de la gamme actuelle
Le catalogue paraît touffu au premier regard. Il s’organise en réalité autour de trois blocs clairs, auxquels s’ajoutent les workstations (Nautilus, Kronos, Krome EX) et les arrangeurs Pa destinés aux musiciens de bal et de variété.
Analogiques : minilogue, monologue, prologue
Ici, le son sort de vrais oscillateurs à tension. Le minilogue et sa version xd forment le cœur de la famille : quatre voix polyphoniques, séquenceur intégré, moteur numérique additionnel sur le xd pour ajouter du bruit ou de la FM. Le monologue joue une seule note à la fois et vise les basses tranchantes. Le prologue monte à huit ou seize voix pour ceux qui veulent des accords analogiques amples.
Numériques : wavestate, modwave, opsix
Ce trio constitue la partie la plus aventureuse du catalogue. Le wavestate reprend la synthèse par séquence d’ondes de la Wavestation historique et génère des textures qui ne se répètent jamais tout à fait. Le modwave exploite des tables d’ondes, le opsix ressuscite la FM à six opérateurs avec une interface à curseurs qui rend cette synthèse enfin lisible. Chacun existe aussi en module sans clavier, à piloter depuis un ordinateur : dans ce cas, la qualité de la captation dépend autant de la machine que d’une interface audio à la hauteur.
Rééditions et machines de poche
Korg cultive son patrimoine : le MS-20 mini reproduit le semi-modulaire de 1978 au format réduit, l’ARP 2600 M condense le monstre américain sur un bureau, le miniKORG 700Sm rejoue la première machine de 1973. À l’autre bout, la série volca propose des instruments monotâches à moins de 200 € : basse, FM, batterie, modulaire miniature. La groove-box Electribe 2 complète cet étage compact du catalogue, tout comme le kit à monter NTS-1.
Combien coûte un synthétiseur Korg ?
Les tarifs constatés en France couvrent une amplitude rare chez un même fabricant. Voici les modèles repères de chaque famille.
| Famille | Modèle repère | Prix constaté |
|---|---|---|
| Machines de poche | volca fm2 | 154 € |
| Analogique monodique | monologue | 269 € |
| Modélisation analogique | microKORG2 | 444 € |
| Analogique polyphonique | minilogue xd | 569 € |
| Numérique | wavestate mk II | 567 à 599 € |
| Workstation | Nautilus 61 | 1 399 € |
| Arrangeur professionnel | Pa5X 61 notes | 3 529 € |
L’occasion reste abondante sur ce catalogue, les Minilogue et microKORG circulant beaucoup. Un monologue rouge se négocie autour de 190 € en petite annonce, soit un ticket d’entrée dans l’analogique très raisonnable.
Choisir selon votre façon de jouer

Le bon modèle dépend moins du budget que du geste musical que vous cherchez.
- Vous découvrez la synthèse et voulez comprendre sans vous ruiner : un volca ou le kit NTS-1.
- Vous jouez sur scène avec un groupe et transportez votre matériel : microKORG2 ou KingKORG NEO, légers et taillés pour le live.
- Vous produisez de l’électronique et cherchez du grain analogique : minilogue xd pour les accords, monologue pour les lignes de basse.
- Vous composez des textures, des nappes, des bandes originales : wavestate, modwave ou opsix.
- Vous accompagnez du chant ou animez des soirées seul : la série Pa, du Pa600 au Pa5X.
- Vous voulez un seul instrument qui couvre piano, orgue, cordes et synthé : Nautilus ou Kronos.
Reste la question de l’écoute, souvent négligée au moment de l’achat. Ces machines se travaillent beaucoup au casque, tard le soir et un modèle mal choisi fausse tous vos réglages de filtre : un casque studio fermé de référence coûte moins cher qu’un volca et sert toute une vie de musicien.
Phase8, la surprise électro-acoustique de 2026
Korg a dévoilé la version de production du Phase8 au NAMM 2026, et cette machine sort du cadre habituel. Elle ne génère pas ses sons par oscillateurs mais met en vibration des résonateurs métalliques par voie électromagnétique, produisant un timbre acoustique impossible à échantillonner fidèlement. Affichée à 969 €, elle vise les musiciens lassés des textures purement électroniques. Voilà une belle démonstration que la maison japonaise garde intact son goût du pas de côté, soixante ans après la Donca-Matic.







