Le sitar est l’un des instruments à cordes les plus envoûtants qui soit. Son timbre chargé de résonances, ses ornements expressifs et sa silhouette imposante en font un objet sonore à part. Né dans les cours de l’Inde moghole et propulsé sur les scènes occidentales dans les années 1960, il continue aujourd’hui d’inspirer aussi bien les musiciens classiques indiens que les guitaristes en quête de nouvelles textures.
Qu’est-ce que le sitar exactement ?

Le sitar est un luth à cordes pincées originaire d’Inde du Nord. Il appartient à la tradition de la musique hindoustanie — la musique classique du nord du sous-continent — aux côtés du tabla et de la tampura. Son nom vient du persan sehtar, qui signifie littéralement « trois cordes », même si l’instrument moderne en compte bien davantage.
On le confond parfois avec la cithare, mais les deux familles n’ont rien à voir : le sitar est un luth à manche long, tandis que la cithare est un instrument sans manche. Son cousin le plus proche est le sarod, autre instrument à cordes pincées de la musique classique indienne, mais dépourvu de frettes.
De la cour moghole au rock psychédélique : comment est né le sitar ?
La tradition attribue l’invention du sitar au poète soufi Amir Khusrau au XIIIe siècle. Les historiens y voient plutôt une évolution progressive issue du croisement entre les luths à long manche d’Asie centrale et la tradition de la veena indienne.
L’instrument prend sa forme décisive à Delhi au XVIIIe siècle, dans les cercles de la cour moghole. D’abord associé à la danse de divertissement, il est ensuite adopté par les musiciens classiques. Au XIXe siècle, on lui ajoute des cordes sympathiques — les tarafs — et sa taille s’agrandit pour accompagner les grands rassemblements de cour. Le sitar devient alors l’instrument phare du khyal, forme vocale dominante de la musique hindoustanie.
Trois siècles plus tard, c’est George Harrison des Beatles qui lui ouvre les portes de l’Occident. En devenant l’élève de Ravi Shankar en 1966, il intègre le sitar sur Norwegian Wood (1965), Love You To (1966) et Within You Without You (1967). Brian Jones des Rolling Stones lui emboîte le pas sur Paint It Black (1966). Une vague de raga rock déferle alors sur la scène psychédélique mondiale.
Anatomie du sitar : pourquoi sonne-t-il si différemment ?
Un sitar mesure environ 1,20 m de long. Sa caisse de résonance, appelée tumba, est taillée dans une grosse calebasse séchée. Le manche, long et creux, est fabriqué en teck de Birmanie ou en bois de tun. Certains modèles portent une seconde calebasse en haut du manche comme résonateur additionnel.
Sa complexité sonore repose sur trois éléments :
- 6 à 8 cordes principales (mélodiques et bourdons), posées sur un chevalet plat en ivoire ou en os
- 11 à 13 cordes sympathiques (tarafs), tendues sous les cordes principales, qui vibrent par résonance sans être directement frappées
- Des frettes courbes et amovibles (pardahs), que l’on déplace selon le râga joué
Ce qui donne au sitar sa couleur si particulière, c’est le jawari : le buzz harmonique produit par ses deux chevalets plats. Chaque note jouée déclenche un halo de résonances qui se superposent à la note principale — un effet totalement unique dans la famille des luths.
Il existe deux grandes écoles de sitar : celle de Ravi Shankar (19 cordes environ, son orchestral riche) et celle de Vilayat Khan (format plus compact, style gayaki ang qui imite le chant).
Comment joue-t-on du sitar ?
La posture et le plectre
Le sitariste joue assis en tailleur au sol, l’instrument calé entre le coude droit et le pied gauche. Il tient le manche à l’oblique, à la manière d’une guitare flamenca. Pour pincer les cordes, il utilise un plectre métallique appelé mezrab, porté sur l’index droit. La main gauche, elle, ne fait pas simplement appuyer sur les frettes : elle tire les cordes latéralement pour obtenir des glissés expressifs pouvant dépasser la demi-octave — bien plus qu’une guitare acoustique ne le permettrait.
Les ornements spécifiques au sitar
Le langage ornemental du sitar est très riche. Le meend est l’équivalent du bend de guitare : on pousse la corde latéralement sur la frette courbe pour glisser d’une note à l’autre. Le krintan ressemble au pull-off des guitaristes. Le flat stroke, enfin, consiste à effleurer les cordes sympathiques en même temps que la corde principale, créant une cascade de résonances qui enveloppe la note.
L’apprentissage sérieux du sitar demande des années. On le considère comme l’un des instruments les plus exigeants techniquement de la musique classique, en raison de la richesse ornementale attendue et de la précision de la main gauche sur les frettes courbes.







